Avec Candice, tout est différent. Son aspect juvénile et épuré m’a incité à me remettre en question dès la première seconde. Je savais que je ne devais pas aborder la photographie de portrait comme d’habitude. D’abord, son style vestimentaire simple mais très élégant devait contrasté sur un fond blanc, neutre. Ensuite, la texture et la souplesse de ses cheveux mettaient naturellement en valeur le teint mat de sa peau lisse. Pas besoin donc d’artifices supplémentaires. Sa personnalité à l’apparence éduquée et élégante devait transparaître dans mon cadre. J’osais juste quelques portraits mettant en contraste son style de bonne famille par de vieux papiers que j’avais gardé pour l’occasion. Le résultat, exactement dans l’esprit que j’avais imaginé me faisait alors penser à certaines couvertures de magazines de mode pour les ados où la pose simplissime du modèle mettait en valeur le texte accrocheur et le coloris chamallows de capitale d’imprimeries arrondis et rondouillards.

Par Frédéric Verrier Photographe.

Le syndrome de la page blanche.

Un emploi du temps chargé, des semaines et des mois qui défilent sans cesse plus vite et mon métier de photographe qui doit puiser son essence dans une inspiration sans borne. Ou du moins, elle devrait être sans borne. Oui, il m’arrive de saturer, de me trouver devant une « page blanche », ce sentiment si redouté des écrivains. Je n’en ai pas le droit. Quoi que je ressente, je dois offrir le meilleur de moi même à toutes celles et tous ceux qui passent la porte de mon studio photo. C’est la semaine de la femme, et bien que je « porte le rouge à lèvre  » toute l’année, je souligne le fait que 80 % de mes visiteuses sont des femmes.
La pollution lumineuse qui recouvre notre ciel, la pollution sonore qui émane de la ville, cette « mer furieuse » et contestatrice qui se déverse et envahi les rues face au pouvoir, comme « des pieds de fer mêlés d’argile ». Ces quatre voix qui charrient des millions de véhicules et cet air saturé de particules de diesel, le désert spirituel et affectif qui m’entoure stérilisent ma créativité.

Mes pulsions photographiques renaissent

Les quelques journées sans séance photo que je m’aménage chaque mois sont mes antidotes efficaces. Alors je m’abreuve d’images, dans les journaux, les magasines, les réseaux virtuels et mes pulsions photographiques renaissent, le bref jeune mensuel auquel je m’astreins fertilisent mon inspiration et font fleurir ma créativité. Notre organisme de chair n’est pas fait pour se saturer d’aliments, d’images ou de sollicitations. Depuis la nuit des temps nos cellules se régénères dans le silence et le néant, mais « la vie moderne »a subrepticement fait diversion.