Ça fait plusieurs jours que Charlie n’est pas passé me voir. Et là, comme d’habitude, il débarque, sans prévenir.
Ce n’est pas vraiment le bon moment. Je n’ai pas bien dormi la nuit dernière, j’ai fais une insomnie vers 3 h du matin. Pour occuper mon esprit et calmer la tempête, j’ai une fois de plus ressorti mon calepin à dessins et griffonné ce qui me passait par la tête. Un bustier orné de diamants. Et Charlie qui repasse par là, comme par hasard.
Je l’ai vu arriver de loin. Aujourd’hui il y a des rafales de vent à 70 km heure. Les panneaux oscillent sur leurs pieds. On entend le vent qui s’engouffre dans le système d’aération de la maison.
Sa tête est rentrée dans ses épaules et de sa main droite il s’efforce de maintenir fermé son pardessus noir. Il a poussé la porte et est entré, comme d’habitude. A sa mine renfrognée je voyais bien que ce n’était pas son meilleur jour. Mais il y a eu déjà bien pire. Je savais ce qui lui ferait plaisir.
Le café fumant était déjà prêt, j’avais juste à appuyer sur le piston de ma vieille cafetière italienne. Il le pend toujours sans sucre, comme moi. Un simple salut marmonné entre ses dents. Ça ne me dérange pas, on se connait depuis tellement longtemps. Je me suis approché de lui et l’ai serré contre moi, comme j’aime le faire avec ceux qui me sont très proches. Avec une petite tape dans le dos de ma main droite. J’aime cette façon silencieuse de démontrer mon affection. Il a trempé ses lèvres dans le café bouillant, l’a laissé une demie seconde dans sa bouche puis l’a avalé en faisant une petite grimace qui traduit sa satisfaction et son soulagement. Il a commencé à me parler d’une voix basse et laconique. J’ai approuvé d’un hochement de tête toutes ses constatations sur sa vision de la société. Je crois que ça lui a fait du bien en fait de passer me voir. Même si les yeux me piquaient un peu à cause du manque de sommeil et que le travail m’attendait, j’ai pris plaisir à le laisser parler. C’est peut-être ça qui fait la force de notre amitié depuis des années. Et moi je suis persuadé qu’il y a plus de plaisir à donner qu’à recevoir.

Cette semaine j’ai accueilli au studio photo de Montfort-sur-Meu deux stagiaires de 14 et 15 ans. Par soucis d’anonymat je les appellerai dans mon récit « SE » et « SB ». J’étais très curieux de connaitre leur avis sur des questions d’ordre général en rapport avec notre société. Leur contexte de vie et leur âge a été pour moi un indice intéressant pour connaitre leurs opinions.

Vivant à Montfort depuis 6 ans pour l’une et venant de la région parisienne installée à Montfort depuis 1 ans pour l’autre elles m’ont confié « s’ennuyer » dans cette localité. Malgré la tranquillité de leur contexte de vie, le milieu scolaire est pour elles le plus stressant. « Les professeurs mettent la pression, si tu rates le brevet t’es foutu »

Une source d’inquiétude réside dans l’orientation à choisir dès la troisième. D’après SB « le système scolaire nous mets la pression ». Seul le temps peut les aider à savoir ce qu’elles veulent faire. « On a une vie après l’école » disent-elles.

Comment imaginent-elles leur entré dans le monde du travail ?  Pour SE bénévole à la SPA « pas question d’un métier dans un bureau, il faut quelque chose qui bouge ». Mais elles ne s’y projettent pas du tout.

Dans ce contexte, quelles sont leurs références ou leur guide de vie. En fait, elles avouent vivre à l’instinct en fonction de ce qu’elles ressentent si c’est bon ou mauvais. Ouais mais comment distinctent-elles ce qui est bon ou mauvais ? Pour SE par l’erreur et par les leçons qu’elle tire de ses expériences.

Pour elles le monde commercial et ses publicités intrusives et répétitives sont  » stupides ,  trop de pubs sur Youtube ne donnent pas envie d’acheter mais de détester la marque ». En ce qui concerne le monde de la politique, elles le fuient parce qu’ils  » passent leur temps à se crier dessus et à faire n’importe quoi ». D’après SB pour s’informer il y a Twitter et  » Les RT sur les fils d’actus  » par exemple les manifestations des taxis. Quand on a pas de télé comme SE c’est le moyen le plus facile pour s’informer.
Que pensent elles des questions écologique? Pour SB  » ceux qui en parlent se contredisent tout seul ». Quand à elle, SE préfère éviter de jeter ses déchets par terre  » Quoi que tu fasses en écologie tu finis toujours par te contredire par exemple quand tu achètes des trucs au magasin  » la consommation engendre de la perte et du déchets.

Dans ce contexte d’incertitudes, les séries TV ou les vidéos Youtube sont des exutoires qui permettent de s’échapper de ce monde de consumérisme.  » Au moins ça bouge tout le temps » et  » la magie ça devrait exister » celle-ci permet de régler plus facilement et rapidement  n’importe quels problèmes.  » C’est dans les séries qu’on trouve toutes nos leçons de vies ( Fairy Tail ) les amis sont soudés et toujours prêt à risquer leur vie les uns pour les autres »

Leur avis sur ces questions diverses est-il l’avis général des jeunes de leur âge? Pas forcément. « Chacun possède sa personnalité, bien marquée avec des avis bien arrêtés. Ce qui est particulier c’est que la plupart n’osent pas s’affirmer face à tous les autres » Ce serait donc de cette façon ce créerait cette impression d’uniformité qu’on leur prête trop souvent à tort.

La présentielle 2017!?  »  Ça va encore partir en steak » ( SB ) à dix huit ans on ira voter  » On a cette chance surtout en tant que fille car on a lutté jusqu’à en mourir pour le droit de vote ». Mais  » on ira voter blanc »

Par Fréderic VERRIER